Pouvez-vous nous parler de vos débuts musicaux ?
J'ai eu la chance de bercer assez tôt dans la musique. Quand j'étais petit ma maman et mon grand-père sortaient souvent leurs guitares pour animer un repas de famille ou un après-midi à la campagne. J'ai d'abord suivi des cours de solfège avant d'apprendre un instrument, et à l'adolescence j'ai choisi la guitare. A cet âge là, mon grand frère était en train de monter son groupe. J'ai pu le suivre et jouer avec lui, j'ai fait mon premier concert à 14 ans.
Certains vous ont connu à travers le groupe Akamassa, mais comment a commencé votre carrière solo ?
Akamassa a été ma première expérience reggae. Avant cela je faisais de la guitare d'accompagnement pour un projet funky-hip-hop qui s'appelait "T-Mis". On a fait quelques belles scènes de 94 à 96 avec cette formation puis la vie nous a fait suivre chacun notre chemin... J'ai fait une petite pause musicale avant de revenir en 2000 avec un tas de texte et l'envie de prendre le micro pour m'exprimer. C'est là que je suis tombé sur Akamassa, groupe reggae roots de Neuchâtel, qui cherchait un chanteur... J'ai volontairement laissé ma guitare de côté pour me concentrer sur le chant et apprendre à gérer un public en live... Quelques temps plus tard, assez rapidement en fait, le besoin de jouer avec ma guitare est revenu, des morceaux plus posés, plus calmes... Ca a donné naissance à mon projet "solo" qui a commencé par "Juste un peu de lumière", un album que j'ai auto-produit en voulant me limiter à des guitares acoustiques. Ensuite, sur différents projets, j'ai entouré mes morceaux de nombreux "friends" avec qui j'avais envie de partager la scène, ça a donné "Junior Tshaka and Friends" et de nombreux concerts. Quand Mike (sinsemilia-echoprod) me propose la tournée en première partie de Riké, c'est seul, et avec ma guitare. Je ne peux pas refuser...et je fonce !
La vie en suisse est elle facile quand on fait du reggae ?
La vie en Suisse est très paradoxale pour un artiste comme moi. D'un côté je ne peux vraiment pas me plaindre car je vis dans un pays qui a un niveau de vie élevé, un pays riche économiquement... Par contre il est très difficile de vivre de son art en Suisse : le marché est trop petit et les structures presque inexistantes... Donc tu penses bien que niveau reggae, c'est encore moins facile. Mais il y a de l'action, et beaucoup de jeunes se bougent pour faire avancer le mouvement. Ceci dit, les chanteurs francophones comme moi, doivent plutôt regarder vers l'étranger...
Parlez nous un peu de votre scène locale… à ce qu’il parait la Suisse compte beaucoup de groupes de reggae …
Oui, comme je t'ai dit beaucoup de jeunes se bougent pour le mouvement. On a aussi hérité dans ma région de Neuchâtel d'un riche patrimoine reggae construit entre autres par le "Heart Beat Band" (devenu The Mad Lighters). C'est le début des années 80, les musiciens du HBB reviennent de Jamaïque avec une rencontre qui va fortement influencer le reggae dans la région neuchâteloise, celle de Rico Rodriguez, tromboniste incroyable, auteur de "Man From Wareika", qui cherchait un nouveau challenge pour rebondir. Il s'installera pendant plusieurs année à Neuchâtel et fît ainsi flotter une "natural mystic" dans le mouvement reggae de Neuchâtel. De nombreux groupes travaillent depuis longtemps. En plus des Mad Lighters je pourrais citer les Moonraisers comme groupe ayant influencé la région. Maintenant, le milieu du sound-system est en pleine extension, j'espère que ça ne s'arrêtera pas!!
Vous avez fait plus d’une vingtaine de dates avec Riké en France. Y a-t-il une grande différence entre le public français et le public Suisse ?
Pour moi beaucoup d'éléments étaient différents et nouveaux, donc j'ai du mal à comparer. Avec le recul, les deux publics sont proches. Ce que j'adore en France c'est le côté amoureux de la chanson française et du texte. Ils écoutent vraiment les textes et pour un auteur comme moi c'est très agréable. Tu sais en Suisse, la majorité du pays parle allemand, la communication n’est pas facile.
Et qu’est-ce que cette tournée avec Riké vous a apporté ?
Toute cette année 2007 a été riche en expériences et en vibes! La tournée m'a apporté du bonheur, de l'expérience et de la confiance en moi. C'est super enrichissant d'assumer son répertoire seul à la guitare devant un public inconnu, dans des belles salles. Je dois dire que j'ai été très bien entouré par Riké et toute son équipe, cette période a été magique pour moi. Je les remercie encore! Et je me réjouis de la suite !
En février est sorti votre album «La jungle»… comment s’est passée sa réalisation?
C'est Mike du label echoprod qui a produit l'album. J'étais 100% libre artistiquement. J'ai choisi un studio de ma région, le "colors studio", pour y travailler avec Jay, l'ingénieur du son qui s'occupe d'Akamassa. J'arrivais avec la version guitare-chant des morceaux, et ensuite on essayait d'accompagner ça au mieux. J'avais envie d'un mélange reggae roots – chanson française et je suis très content du résultat final! Niveau musiciens, j'ai surtout fait jouer mes Friends qui me suivent sur les routes. J'ai aussi voulu inviter plusieurs chanteurs dont Mike, Riké, Monsieur Lezard. J'aime le partage de morceaux.
C’est vous qui composez toutes les musiques?
Oui normalement je compose avec ma guitare donc j'ai déjà l'idée musicale dans ma tête. Par contre je suis ouvert si on me propose des thèmes ou suites d'accords qui me plaisent. C'est arrivé sur l'album "La Jungle" par exemple pour "Ils nous mentent".
Les textes de l’album sont assez dénonciateurs et critiques, mais on sent que Junior Tshaka est un observateur qui partage avec nous sa propre vision du monde mais sans donner de solutions. Pourquoi cela ?
J'essaie humblement d'exprimer ce que je ressens par rapport au monde qui m'entoure. C'est plus un besoin d'en parler qu'un besoin de guider. Chacun doit suivre son propre chemin et doit avoir son propre regard sur le monde. Moi j'essaie de participer au fait que les gens prennent conscience qu'on vit tous dans le même "grand village" et qu'il va bien falloir trouver des solutions pour vivre ensemble... Je crois au pouvoir de l'Amour et je pense qu'on peut partager cette foi grâce à la musique et au reggae dans mon cas. Quelque soit sa religion, ses origines ou sa couleur de peau... On ne fait qu’UN.
Mike et Riké de Sinsemilia, ainsi que Monsieur Lézard ont participé à l’élaboration de votre album. L’implication de ces grands noms a-t-elle été importante pour vous ?
Oui bien sur que ça donne de la crédibilité à mon travail. Mais avant tout c'est une histoire de vibes, une rencontre et une envie d'immortaliser ça en musique! C'est tellement bon de partager ces moments...!
Comment se sont faites ces rencontres ?
Mike et Riké, je les ai rencontrés sur les tournées de Sinsemilia. J'adorais leurs albums et leur lives, une énergie terrible, bref j'étais fan! Petit à petit j'ai fait écouter à Mike ce que je faisais dans mon coin et un jour ça a donné naissance à un projet. Pour Monsieur Lezard, c'est une rencontre dans la cadre de la soirée pour la sortie de "Tout est lié" d'Akamassa, en 2005. On avait deux morceaux ensemble sur cet album. De là est né une belle relation d'amitié donc ça allait de soit de l'inviter sur mon nouvel album! J’peux pas oublier Rico Rodriguez qui m'a offert une vibe sur « Pourquoi ces nuages ». Pour moi c'était comme avoir mon grand-père sur mon disque, une immense joie, un honneur immense! On passe beaucoup de moments ensemble lors de ses passages à Neuchâtel, on s'apprécie beaucoup!
Junior Tshaka c’est votre nom d’artiste, a-t-il une signification précise ?
A la base non. "Tshaka" était le nom que je voulais donner à mon groupe avant de croiser "Akamassa". Ca venait surtout de l'envie de m'exprimer, comme un cri : "Tcchaakaaaa!!" (Rires) C'est aussi le son du contre-temps joué à la guitare : "Tcha-Ka" ... enfin... et un jour j'ai entendu une interview de Max Roméo pour son passage au Montreux Jazz Festival, il racontait que le "tchaka" chez les rastas jamaïcains est une sorte de revitalisant spirituel par la musique...ça ne pouvait pas mieux tomber, même si c'était déjà trop tard pour changer!!
Quel est votre plus grand souvenir de musicien? Et si tu avais la possibilité de revivre un événement particulier, lequel choisirais-tu ?
J'en ai déjà énormément! Je prends chacun de ces événements comme un cadeau de Dieu. Le plus impressionnant a été mon duo avec Tiken Jah Fakoly sur "Quitte le pouvoir" devant 6'000 personnes dans ma ville. Un moment de folie!! J'ai aussi vécu des vibes immenses cette année avec Riké sur scène. On reprenait ensemble "Réveillez-vous" qu'il avait chanté en studio avec Tiken. J'ai tellement écouté leurs albums que ça fait forcément bizarre de se retrouver sur scène avec eux....mais c'est la réalité et quel honneur!! J’aime les échanges, j’ai aussi eu la chance de jouer l’album « Man From Wareika » pour Rico Rodriguez en concert. Pour moi c’est l’un des plus grands (pour ne pas dire le plus grand) albums reggae de tous les temps !!
Le fait de signer sur le label de Mike, a-t-il changé quelque chose dans ta carrière musicale ? Peut-on dire que ça t’a ouvert les portes ?
Bien sur! Pour le moment et à mon échelle ça m'a ouvert les portes de la France et pour un artiste suisse qui chante en français c'est super important! Je suis par exemple présent sur des compilations de reggae français, j'ai pu tourner avec Riké... bien sur que ça ouvre des portes. Mais je dois continuer de travailler dur de mon côté, rien n'est jamais acquis.
Quel est ton plus grand souhait que les lecteurs de Nextline peuvent te souhaiter pour l’avenir?
Que ça continue! Que ma musique me permette de continuer le chemin que j'ai commencé. Qu'elle me fasse voyager... Qu'elle me serve d'outil pour échanger avec des gens d'ici et d'ailleurs, dans une seule direction, LOVE... J'aimerais un jour venir chez vous au Maroc, les vibes semblent très très bonnes!!!
Et pour terminer, tu dis à un moment «Laissez-nous respirer, laissez-vous rêver»… je voudrais te remercier parce que on arrive à rêver à travers tes chansons...Jah bless you !
Merci à vous tous, peace...
Jah Bless
Junior Tshaka
|